Olivier Ferra, l'auteur d'  "Où la neige ne fond jamais" (Editions Lions des Neiges Mont Blanc)  offre au Club Manga ce dessin et son regard sur un genre qui passionne les uns et effraie ou irrite les autres.

"Cela fait quelque temps déjà que je m’intéresse au manga. J’ai d’ailleurs publié plusieurs histoires courtes dans un mensuel de « Mangas » français (Yoko, avec Larme et Zerriouh  aussi). Déjà, j’étais rétif à me noyer dans ce genre, n’en prenant que quelques miettes, essayant de ne pas me perdre… mes BD n’étaient pas les préférées des lecteurs car pas assez typées « manga » !

De nos jours, difficile passer à côté, à moins de se mettre des œillères, tellement ce genre (et ses cousins de Corée, Chine…) est présent aujourd’hui. Des pans entiers dans les librairies sont occupés par ces multitudes de BD petits formats, de plusieurs centaines de pages en noir et blanc, et s’étalant parfois sur plus de 30 épisodes.

 Au début, le choix était plus facile, puisqu’il y en avait moins. Maintenant, j’avoue être un peu dépassé par cette vague dont la plupart  des titres n’ont l’air que de clones d’eux-mêmes. Mon intérêt va plus vers des séries courtes ou one-shot,  vers des auteurs au scénario exigeant et profond (Taniguchi, au dessin très « franco/belge » !) ou au style graphique original, se démarquant de la masse… Il est vrai, avec le recul,  que la mondialisation (donc uniformisation) gagne aussi la BD. Aux quatre coins du monde, de « jeunes » futurs mangakas pondent des planches en série, parfois avec virtuosité, mais souvent sans originalité. Peut être n’est ce pas le but du manga de « consommation » ?

 

 

En Europe, nous défendons l’idée d’une BD d’auteurs, d’artistes (pas tous, le débat fait rage entre « artistes » et « artisans » !), mais en tout cas, une chose essentielle  que les « anciens », les professeurs essaient d’inculquer aux jeunes auteurs, c’est de trouver son style. Rien à voir avec la démarche qui consiste à retrouver le style de untel, pour reprendre telle série à succès… (quoique certains le fassent avec style justement !). Cette recherche du style se rapproche peut être plus de celle des estampeurs japonais, en quête du  « geste » ultime.

On ne peut pas généraliser la BD franco/belge ni le manga, les deux écoles ont leurs artistes et leurs artisans. Le manga inquiète les auteurs car il bouleverse beaucoup de choses qu’ont croyaient établies : Le format, la pagination, le noir et blanc (qui se vend mal en franco/belge), le rythme de parution…et l’uniformisation du style… Il y a même une école pour devenir mangaka à Paris ! Des tentatives d’adaptation voient le jour ça et là : Ici, on tente de trouver des moyens d’accélérer le rythme de parution, là, on crée une collection de beaux albums cartonnés en couleurs mais d’inspiration manga, ou bien on crée un magazine de mangas français, gros pavé en noir et blanc, comme les vrais !

Pour ma part, je pense que l’on ne doit pas adapter son dessin, singer le style manga, à la rigueur le digérer pour en sortir ses propres visions, essayer de dessiner ce qu’on a dans la tête, ce qu’on rêve… que de déceptions lorsque l’image papier ne correspond pas à l’image mentale ! Le manga nous apporte quelque chose de formidable, c’est cette impression de lire des romans en BD, et c’est là qu’il faut creuser…augmenter la pagination, diminuer les formats, utiliser le noir et blanc… raconter des histoires passionnantes qui s’étalent sur des centaines de pages, permettant d’affiner la psychologie des personnages… mais le public et les éditeurs doivent nous le permettre, nous laisser le temps… un manga de 300 pages ne sort pas tout les mois, même au Japon ! "

 

 

Olivier Ferra / 02 mars 2007

Où la neige ne fond jamais est disponible au CDI du Collège. Le tome 2 est prévu pour le mois d'Octobre. Vous pouvez suivre le travail d'Olivier Ferra sur son blog "Dolma" (voir nos blogs préférés).

 

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