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Tint'Indiana Jones.

 

"Le secret de la Licorne" est un vrai film d'aventure, sans aucun temps mort (on est même surpris quand survient le générique de fin); une sorte d'Indiana Jones qui se serait offert une nouvelle jeunesse. D'ailleurs les clins d'oeil à l'archéologue sont légion, je vous en livre un (à vous de trouver les autres) :

 

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Cet auto-référencement est une manière très classe de boucler une boucle initiée par les critiques européens lors de la sortie des "Aventuriers de l'arche perdue". Ils comparaient alors Indy au reporter du petit XXème. Surpris de voir sans cesse le nom de Tintin apparaître, Spielberg a demandé qu'on lui traduise les albums d'Hergé. Le coup de foudre est immédiat si l'on en croit ses déclarations lors de la sortie officielle de son film en Europe (en avant-première le samedi 22 octobre à Bruxelles) :  


«Hergé était un grand artiste, illustrateur et écrivain, a tenu à préciser d'emblée Spielberg lors d'une conférence de presse internationale. Je suis devenu un fan instantané de son travail dès que j'ai découvert ses albums sur le tard, à l'âge de trente ans.»

 

Confirmant ces propos, voici un article paru sur le net (www.lalibre.be), écrit par Alain Baran, dernier secrétaire particulier et ami intime d’Hergé :



Kathleen_Kennedy_2011.jpg"Décembre 1982. Un coup de téléphone de notre éditeur, la maison Casterman à Tournai, m’avertit d’une demande de renseignements sur la situation des droits d’adaptation des albums Tintin. La personne signant la lettre s’appelle Kathleen Kennedy. Elle s’adresse à nous au nom de Steven Spielberg. La nouvelle est accueillie avec un réel enthousiasme par le père de Tintin qui apprécie franchement le Spielberg de "Duel", d’"Indiana Jones" et de "E.T.".  

Invité à Los Angeles pour une première rencontre avec le cinéaste américain, Hergé ne peut malheureusement pas y répondre, son état de santé ne lui permettant pas d’envisager un déplacement aussi fatiguant. Hergé m’a néanmoins demandé de faire le voyage à sa place pour entendre Spielberg s’exprimer sur la manière dont il compterait donner vie à Tintin sur la toile. De ma rencontre avec Spielberg je retiendrai surtout d’une part sa phrase "Tintin, it’s Indiana Jones for kids" (Tintin, c’est Indiana Jones pour les enfants), et d’autre part sa volonté de tout savoir sur Hergé envers qui il éprouvait une énorme admiration. A la fin de mon séjour californien, une note sera remise à nos interlocuteurs leur indiquant nos attentes liées au projet. Peu de temps après, une lettre d’intentions nous parviendra, qui exposera les lignes conductrices du futur contrat.

Mardi 22 février 1983 vers 11 heures du matin aux Studios Hergé à Bruxelles. Ce qui sera mon ultime conversation professionnelle avec Hergé comprend un sujet principal : la proposition toute récente de Steven Spielberg d’adapter les aventures de Tintin pour le grand écran. C’est cette lettre que nous examinons ensemble Hergé et moi en ce 22 février. Un point dans la lettre me paraît fondamental puisque, selon les lois en Californie, Hergé n’aurait aucun droit de veto à opposer en cas de désaccord artistique. C’est à mes yeux inacceptable La réponse d’Hergé est immédiate et exempte de la moindre ambiguïté : "Je sais que je risque de ne pas reconnaître mes personnages, mais Spielberg est un créateur et je veux lui accorder ma confiance " Les deux hommes auraient dû se rencontrer à Bruxelles quelques semaines plus tard. Le décès d’Hergé en décida autrement. Le contrat fut malgré tout signé un an plus tard à New York avec cet engagement personnel de Spielberg : "Je ferai tout pour que vous soyez fiers de mon travail"  

431341928_2.jpgLe nouveau Tintin était présenté samedi 22 octobre en avant-première à Bruxelles. Je sors de la projection du "Secret de la Licorne". Pas loin de 30 années se sont passées depuis la première rencontre avec Spielberg. Je me sens comme un enfant devant un cadeau tant attendu. Je me dis avec soulagement que Spielberg est allé jusqu’au bout de ses promesses : son film est en effet un "Indiana Jones pour les enfants" et il est tout empreint du profond respect pour Hergé que le réalisateur n’a jamais cessé d’affirmer. Je suis par ailleurs touché par l’hommage sensible à Hergé qui apparaît dès le début du film. Il est très probable que des amoureux inconditionnels de Tintin dans ses albums éprouveront des difficultés à le reconnaître sur le grand écran et en plus en 3D. Oui, le film porte indéniablement la signature de Spielberg. Oui, le scénario prend d’énormes libertés par rapport aux albums dont il s’inspire. Oui, certaines scènes de poursuites compteront parmi les classiques hollywoodiens. Oui, une énorme machine commerciale est en route tant pour promouvoir le film que pour rentabiliser le phénoménal coût de production.

Pourtant, ce que je ressens personnellement aujourd’hui, c’est une immense joie car Tintin a retrouvé le chemin de ses aventures et, je n’en doute pas, il va pleinement passionner la jeunesse du monde entier dont les attentes, voire les exigences, ont évolué avec leur temps. Spielberg l’a compris et il apporte à cette jeunesse toute la magie de l’univers de Tintin à qui il a si bien su donner une nouvelle dimension. Hergé, créateur de génie du XXe siècle qui ne voulait pas que Tintin lui survive à travers de nouvelles aventures en bandes dessinées, a su en revanche ce qu’il faisait en accordant sa confiance à Spielberg, créateur de génie du XXIe siècle. Tintin est toujours vivant et il partagera désormais son temps entre sa Belgique natale et Hollywood : deux mondes bien différents à bien des égards, sinon que tous deux sont la patrie de l’image. Longue vie aux albums Tintin par Hergé. Longue vie au (x) film(s) Tintin par Spielberg. "

 

 

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