Cette interview a été réalisée par l'Atelier de Pratiques Artistiques "Bande dessinée"du Collège Saint François d'Assise à l'occasion de la venue d'Olivier Ferra à Espace Temps le samedi 27 septembre 2008.




- Faire de la BD correspond-il à un rêve de gosse ou à un accident de parcours ?

Je suis tombé dedans étant petit : Tintin, le journal Spirou, Pif Gadget,  Blueberry puis, plus tard, Métal Hurlant, Charlie Mensuel, L’Echo des Savanes (des débuts !), Moebius... On peut dire que j’ai toujours voulu faire ça !

- Quel est votre regard sur la situation actuelle de la BD et où vous situez-vous sur le marché ? Considérez-vous la BD comme un art ?

Il semble qu’il y a vraiment un problème de surproduction, les libraires étant dans l’incapacité de faire face au nombre de nouveautés quotidiennes. De plus, beaucoup d’éditeurs, voire d’auteurs poussent à entrer dans une spirale effrénée de production pour limiter l’attente du public. Il est clair que ceci va plus dans le sens du commerce plutôt que de l’artistique. Pour ma part, je suis hors de ce genre de préoccupations car mes BD ne passent pas par un diffuseur et mes éditeurs sont associatifs  dans un but non lucratif !

La BD est un art, autant que le cinéma ou tout autre art, même si ces créateurs sont souvent plus artisans qu’artistes.

- Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le concept de « BD plus équitable » ?

Dans le cas de la Fourmilière BD qui édite ma dernière BD, c’est tout simplement en « zappant » les étapes éditeurs et diffuseurs puisque nous assumons ces rôles aussi. Il nous semble normal que les créateurs soient en haut de la chaîne, après tout, sans eux, pas de livres, pas d’éditeurs...

- Comment définiriez-vous votre style ?

Réaliste coloré ! J’essaye, avec difficultés de glisser vers un style plus stylisé.

- Il y’a-t-il des auteurs qui vous influencent ?

Moins qu’étant plus jeune. Mes derniers coups de cœur vont à Gipi pour son sens de la narration et sa liberté de dessin, à Blain pour ses histoires feuilletonesques et quelques autres bien sûr !




- Quelle est la journée type d’Olivier Ferra ?

Un café, quelques pages de lecture (roman, presse...), consultation de  mon courrier et de quelques sites quotidiens sur internet, puis, enfin, dessin et couleurs, cases après cases, recherches de documents, croquis de story-board et mise à jour de mon blog !

- Comment appréhendez-vous l’exercice de la dédicace ? Quel est le genre de public que vous rencontrez ?

Je commence à en avoir fait pas mal alors forcément ça m’impressionne moins mais le plaisir de voir du monde, de croiser des collègues reste intact. J’ai un peu de tout, des amateurs de BD, des collectionneurs, des amateurs de montagne, des gens sensibles aux causes dont je parle. Les femmes sont plus particulièrement touchées par mes couleurs.

- Très timide lors de ces rencontres, vous prenez régulièrement des colères sur votre blog. Etes-vous une sorte de  Dr Jeckyll ?

Oui ! Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que j’ai plusieurs signatures, dont une, TüsS, pour les dessins plus satiriques, moins réalistes, reste d’un pseudonyme hommage à Moebius/Giraud.

-Vos albums nous conduisent souvent en Asie. Quelle relation entretenez-vous avec ce continent ?

Une passion fantasmée surtout, à travers livres, films, BD...à part le Népal je n’ai pas arpenté ces contrées, mes guêtres ont plus traîné sur le continent Africain mais ce sont les hasards de la vie, je ne désespère pas d’aller au Tibet !

-N’en avez-vous pas marre d’être toujours au service d’une cause ? Ne redoutez-vous pas d’être enfermé dans le rôle d’auteur ethnologue ?

C’est encore assez récent, trois albums seulement, un quatrième en route et quelques projets ! J’ai attrapé le virus de la BD engagée et c’est plutôt gratifiant de se faire plaisir en étant un peu utile (sur ma nouvelle BD, 1€ par album est reversé à l’association ICRA International).

-Engagé pour la cause tibétaine, comment avez-vous vécu les J.O. ? Etes-vous optimiste ?

Difficile d’être optimiste face à un géant comme la Chine, prochaine première puissance mondiale ! On peut espérer que le régime en place s’écroule un jour comme l’ex-URSS, mais si ça n’arrive pas vite les Tibétains n’auront plus qu’à s’assimiler ou partir ! Ce qu’ils vivent est ce qui aurait pu nous arriver si les Nazis avaient gagné la guerre.

-Qu’est-ce qui vous retient de sortir « Les touristes » chez Bamboo ?

Heu... ce n’est pas mon genre !

-Il y a quelques années, vous publiez vos planches de bd dans des revues manga, n’avez-vous eu jamais envie de faire le grand saut ? Que pensez-vous de ce genre ?

Je me pose beaucoup de questions sur le manga, ses apports, son influence sur la BD franco/belge mais je pense qu’il est stérile de tenter de reproduire ce style à l’identique, il faut s’en nourrir, le digérer et se forger un style personnel. Ce n’est certainement pas le plus facile ! Si je devais faire un manga aujourd’hui, il ne ressemblerait pas à un manga. Serait-ce un Manga ? Quelles sont les spécificités de ce genre ? Ce que j’y aime, c’est la densité des histoires par une pagination élevée ce qui donne le temps de développer des séquences en plusieurs pages au lieu d’une case en album traditionnel et puis beaucoup de leurs récits sont ancrés dans la réalité. Chez nous on fait de l’héroïque fantaisie, les polars sont situés aux USA (ça fait mieux !), peu de BD se déroulant dans « la vraie vie ».

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